L'Histoire

Mai 1821 : "alors que Napoléon meurt...
Victor HUGO vit son premier Amour et trouve l'inspiration en traversant Chérizy. Il y écrit "Ode au Vallon de Chérizy".



En France à cette époque, 75% des français vivent à la campagne. Les familles consacrent 70% de leurs ressources à l'alimentation et la moitié de ces dépenses est consacrée au pain, base de la nourriture de ces années là. A la même période, Paris compte 500 baignoires publiques... Mais à Chérisy que se passait-il ?

Revenons à Victor HUGO... Pourquoi son passage à Chérizy ?

Victor HUGO et Adèle FOUCHER sont amoureux l'un de l'autre; Madame Hugo et les parents Foucher ne sont pas d'accord et leur ont défendu de se voir. Ils s'écrivent cependant en secret.
Madame Hugo meurt au mois de juin 1821; Victor a revu Adèle et les Foucher sont venus faire une visite de condoléances chez les Hugo. Les fiançailles ne sont toujours pas décidées et les Foucher cherchent un séjour d'été assez éloigné de Paris afin que Victor , qui n'a pas d'argent, ne puisse pas venir les rejoindre. Ils choisissent le bourg de Dreux.
Victor désemparé, décide de partir à Dreux à pied. Le 16 juillet, sur le chemin qui le mènera à Dreux, il écrit à Alfred de VIGNY : "J'ai fait tout le voyage à pieds par un soleil ardent... Je dois beaucoup à ce voyage.". Durant ce long voyage, Victor fera deux haltes : il s'arrête à Versailles chez G. de PONS et dans le Vallon de Chérizy où il écrit une élégie. Malgré sa tristesse, sa jeunesse l'emporte et il jouit de la beauté des paysages de ce petit bourg installé dans la vallée de l'Eure.
Le 19 juillet il est à Dreux dont il parcourt les rues, espérant rencontrer monsieur Foucher, ce qui arriva. Victor lui écrit une lettre charmante qui finit par l'attendrir et il est donc reçu chez la famille Foucher et leur renouvelle son intention d'épouser Adèle...

Ainsi Chérizy eut une influence favorable sur le premier et sincère amour de Victor pour Adèle.





ODE TROISIÈME AU VALLON DE CHERIZY

Factus sum peregrinus... et quoesivi qui simul contrista retur, et non fuit
- Ps. LXVIII.
Perfice gressusmeos semitis tuis - Ps. XVI.

Je suis devenu voyageur... et j'ai recherché qui s'affligerait avec moi, et nul n'est venu.
Permets à mes pas de suivre ta trace.


Le voyageur s'assied sous votre ombre immobile,
Beau vallon; triste et seul, il contemple en rêvant
L'oiseau qui fuit l'oiseau, l'eau que souille un reptile,
Et le jonc qu'agite le vent !

Hélas ! l'homme fuit l'homme; et souvent avant l'âge
Dans un coeur noble et pur se glisse le malheur;

Heureux l'humble roseau qu'alors un prompt orage
en passant brise dans sa fleur !

Cet orage, ô vallon, le voyageur l'implore.
Déjà las de sa course, il est bien loin encore
Du terme où ses maux vont finir;
Il voit devant ses pas, seul pour se soutenir,
Aux rayons nébuleux de sa funèbre aurore,
Le grand désert de l'avenir !

De dégoûts en dégoûts il va traîner sa vie.
Que lui font ces faux biens qu'un faux orgueil envie ?
Il cherche un coeur fidèle, ami de ses douleurs;
Mais en vain; nul secours n'aplaniront sa voie,
Nul parmi les mortels ne rira de sa joie,
Nul ne pleurera de ses pleurs !

Son sort est l'abandon; et sa vie isolée
ressemble au noir cyprès qui croît dans la vallée.
Loin de lui, le lys vierge ouvre au jours son bouton;
Et jamais, égayant son ombre malheureuse,
une jeune vigne amoureuse
A ses sombres rameaux n'enlace un vert feston.

Avant de gravir la montagne,
Un moment au vallon le voyageur à fui.
Le silence du moins répond à son ennui.
Il est seul dans la foule; ici, douce compagne,
la solitude est avec lui !

Isolés comme lui, mais plus que lui tranquilles,
Arbres, gazons, riants asiles,
Sauvez ce malheureux du regard des humains !
Ruisseaux, livrez vos bords, ouvrez vos flots dociles

A ses pieds qu'a souillés la fange de leurs villes,
Et la poudre de leurs chemins !

Ah ! laissez-lui chanter, consolé sous vos ombres,
Ce long songe idéal de nos jours les plus sombres,
La vierge au front si pur, au sourire si beau !
Si pour l'hymen d'un jour c'est en vain qu'il l'appelle
Laissez du moins rêver à son âme immortelle
L'éternel hymen du tombeau !

La terre ne tient point sa pensée asservie:
Le bel espoir l'enlève au triste souvenir;
Deux ombres désormais dominent sur sa vie;
L'une est dans le passé, l'autre dans l'avenir !

Oh ! dis, quand viendras-tu ? Quel Dieu va te conduire,
Être charmant et doux, vers celui que tu plains ?
Astre ami, quand viendras-tu luire ?
Comme un soleil nouveau, sur ses jours orphelins ?

Il ne t'obtiendra point, chère et noble conquête,
Au prix de ces vertus qu'il ne peut oublier;
Il laisse au gré du vent le jonc courber sa tête;
Il sera le grand chêne, et devant la tempête
Il sera rompre et non plier.

Elle approche, il la voit; mais il la voit sans crainte
Adieu flots purs, berceaux épais,
Beau vallon ou l'on trouve un écho pour sa plainte,
Bois heureux où l'on souffre en paix !

Heureux qui peut, au sein du vallon solitaire,
Naître, vivre et mourir dans le champ paternel !
Il ne connaît rien de la terre,
Et ne voit jamais que le ciel !



juillet 1821
Victor HUGO, lors d'une halte au Vallon de Chérizy.