L'Histoire
   

 

DURO CATH (LE FORT DE LA RIVIÈRE)
LA CITÉ DES DRUIDES



La plupart de nos anciens historiens assimilent l'étymologie des noms de Dreux et de Druides.
Les Druides étaient, comme on le sait, les hommes les plus influents de l'ancienne Gaule. A la fois prêtres, philosophes, juges, médecins, devins, astrologues, sorciers, ils jouissaient d'une très grande autorité. Ils reconnaissaient la haute direction d'un grand prêtre nommé à vie (D'après une légende accréditée dans le pays, le siège de ce Grand-pontificat aurait été à Rouvres, près d'Anet). L'élection se faisait, selon la légende, au pays des Carnutes (Chartres), qui passait pour être le centre de la Gaule. Il est permis de penser que les principales de ces cérémonies devaient se dérouler dans la partie la plus secrète, la plus boisée de cette région, c'est-à-dire dans ce que nous appelons actuellement le pays Drouais (Les forêts de Dreux, d'Ivry et de Rozeux ne sont que les faibles débris de l'immense forêt carnute). Il est incontestable, a écrit Lefèvre, l'érudit auteur de la meilleure notice sur nos antiquités locales, que les Druides avaient là de nombreux établissements. La forêt de Dreux semble en avoir été le centre.
Au Moyen Age, on l'appelait la forêt du Crothais, et le nom a été conservé dans celui de Croth, le joli village voisin de Sorel. Croth veut dire en celtique grotte, caverne ; c'est le même mot que Creutes, que nous trouvons dans l'Aisne. Il y a deux cents ans, la forêt était encore percée de nombreux puits et grottes, vestiges des habitations druides. Les accidents dont ils étaient cause les ont fait combler. Un jour, un gentilhomme du duc de Vendôme, seigneur d'Anet, fut précipité par son cheval dans une de ces excavations et ne dut son salut qu'à sa trompe de chasse qu'il n'avait pas abandonnée et dont il sonna tout le jour pour appeler à son secours. On trouve encore des monuments mégalithiques, des dolmens particulièrement, dans la vallée de l'Eure, dans la région de Fermaincourt, à Cocherel, près de Sorel, village voisin de Croth.
Les fêtes et les sacrifices célébrés par les Druides, les oracles qu'ils rendaient, les assemblées judiciaires qu'ils tenaient tous les ans devaient forcément attirer dans ces parages de nombreuses habitations. La plus importante de ces agglomérations était à l'emplacement actuel de Fermaincourt (Fermaincourt, village à cinq kilomètres de Dreux, sur l'Eure). Plusieurs auteurs, dont Lefèvre et Charles Le Menestrel, qui a publié en 1866 une intéressante étude sur cette localité, concluent que c'est là qu'il faut voir le Dreux primitif, l'ancienne cité fortifiée des Druides, connue de toute l'antiquité, citée même par l'historien et astronome chaldéen Bérose, qui vivait deux cent soixante-douze ans avant Jésus-Christ et parle de cette cité des Druides comme de l'une des plus anciennes villes, de la Gaule et du monde. Ce serait là qu'il nous faudrait voir le fameux Duro Cath (nom qui signifie en celtique le fort de la rivière), que les Romains allaient latiniser en faisant Durocasses, d'où le nom de Durocasses donné encore aujourd'hui aux habitants de Dreux. Quel était l'aspect de ces villes fortifiées gauloises ? César répond à cette question avec grands détails dans ses Commentaires. Il nous dépeint les habitations, véritables poteries d'argile cuite au soleil, puis les remparts, assemblage d'énormes poutres de bois, de pierres et de terre en vue de résister au bélier et au feu. Tel était donc vraisemblablement le premier château fort drouais là-bas au pied de la forêt, au bord de la rivière d'Eure. Et cette origine explique le rôle curieusement intéressant de Fermaincourt au Moyen-Age, la métairie royale qu'allaient y bâtir les premiers rois francs, le puissant château fort qui lui succéda, enfin l'importance de ce village qui, en l'an 1000, barrait encore la vallée. Sur l'emplacement du Dreux actuel, qu'existait-il alors Sans doute, quelques agglomérations, puisque la légende nous apprend que l'église primitive de la ville, SaintNicolas-de-Mérigot, située au Vieux-Pré, fut bâtie sur l'emplacement de monuments celtiques ; que Moronval (Moronval, à quinze cents mètres de Dreux) fut une véritable académie de philosophie druidique. Mais rien ne faisait prévoir alors l'importance que ces lieux allaient prendre dans la suite.




extrait de "Dreux, histoire d'un centre de la Résistance" - Livre écrit en mars 1946.